Isssigeac près de Bergerac en Dordogne, pays des bastides médiévales. On y va en famille, on y mange et on y boit le vin du producteur d’à côté, papilles en extase. On s’y promène, le regard curieux et émerveillé de tout. Chaque rue, chaque passage nous raconte une histoire. Ici, au milieu d’une petite place entourée de tilleuls délicieusement odorants, un puit au mécanisme encore intact, les enfants se font alors pompistes et s’imaginent l’époque où l’on allait puiser l’eau du quotidien. Un peu plus loin, on s’engage dans un enchevêtrement de ruelles gravillonnées où se succèdent des maisons à encorbellement magnifiques. On discute de tout et de rien, on flâne, on rêve, l’esprit se voudrait poète, l’endroit d’ailleurs est source d’inspiration, on retrouve une plaque vissée à l’angle d’un passage sur un certain Jean CHEVRE, écrivain et poète du village, on sourit à la lecture du nom de famille, le nom commun ayant été le quotidien familial jusqu’à peu. Quelques pas après, on se retrouve face à la rue de la saucisse. « La saucisse » surnom donné à une femme du village au début du 20ème siècle. Alors, on lit attentivement la plaque apposée sur le mur, on s’étonne, on s’indigne et enfin on s’attriste du malheureux destin de cette vie. Petite anecdote historique mais grande discussion qui s’en suit !

On continue d’avancer, les yeux partout, vers le haut en admiration devant le bâtit, à droite sur une petite cour joliment ornée de fleurs, à gauche sur un chat ronronnant en boule dans une jardinière, les enfants s’y arrêtent : on touche avec les yeux pas avec les mains, il est trop bien pour qu’on le dérange. Là, dans un angle de deux ruelles escarpées, un jardin un peu à l’écart, l’herbe de ce petit carré ne voit presque pas le ciel, complètement surplombée par une tonnelle de vigne. Les grappes de raisins sont énormes, il y en a à profusion, les fruits finissent de murir sous le soleil plombant de ce début d’après-midi d’Août et on aimerait les cueillir mais la grille se fait protectrice. A l’entrée de la tonnelle une ardoise est posée, il est écrit « la parenthèse ». Le photographe qui nous accompagne s’arrête, se positionne, il prend son temps. Il faut calculer l’angle de vue, la lumière…on se moque un peu de lui et de sa pose, gentiment. Prendre une grappe de raisin en photo, pourquoi ? « Ce n’est pas tant la grappe que je photographie, c’est son âme qu’il faut voir », alors on sourit à cette réponse et un compère de balade de répondre « moi, j’y vois une future bouteille de vin !», sourires de nouveau. C’est ce que je trouve beau et que j’aime en toute chose : chacun y voit ce qu’il veut. On reprend le cours de la promenade, le village n’est pas grand et déjà on laisse dernière nous le poète, la saucisse et la parenthèse se referme. Bel après-midi de fin de vacances, beau souvenir en ce jour de rentrée.

 

 

la saucisse, © patrick

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

miroir sans tain, jean chevre