Plus jeune, elle me paraissait immense, en orme clair, faite sur mesure par un menuisier percheron ami de la famille, elle recouvrait tout un pan de mur du sol au plafond et avait un retour perpendiculaire jusque sous l’escalier, pas une étagère de vide.

La bibliothèque de mes parents, mon frère Louis y tenait beaucoup, mais, après leur déménagement et par manque de place chez lui, c’est dans ma maison qu’elle a finalement retrouvé une place. Majestueuse, elle m’impressionne toujours autant aujourd’hui.

Dans mon souvenir, chaque chose y avait sa place. Divisée en trois colonnes de 5 étagères épaisses et larges, pour la partie principale et d’une colonne de 4 étagères pour le retour, elle était très organisée. Dans la colonne de gauche, les livres les plus imposants, une collection de dictionnaires, afin de ne pas se contenter d’une seule définition ; des livres de photos, ceux de Yann Artus Bertrand sur les bestiaux, les chevaux, les chiens, nous passions du temps à les feuilleter, toujours amusés et étonnés par l’attitude identique, sinon  la ressemblance physique du propriétaire et de sa bête.…il y avait également des beaux livres sur le Perche, sur Paris et autres villes et villages, des livres d’Histoire, et même de Cuisine ! La colonne de droite recevait uniquement les romans policiers, tellement nombreux qu’il fallait même en allonger par-dessus ceux déjà rangés. La colonne du centre abritait, en haut, les livres s’inscrivant plutôt dans la littérature classique, les grands auteurs français pour la plupart du XIXème siècle avec Zola, Maupassant, Stendhal…, ceux du XXème dont Pagnol, Barjavel, Bazin, Delerm qui, pour l‘anecdote, avait été en classe avec mon père en primaire. En bas les ouvrages que je qualifierais « de tous genres et toutes époques » avec Homère, Chrétien de Troyes, Hemingway et beaucoup d’autres. Et au centre, sur l’étagère à mi-hauteur, trônait la chaine hifi dont les enceintes faisaient résonner la musique dans tout le salon, des guitares de Paul Personne et Eric Clapton, au Jazz et Blues de Nougaro et Michel Jonasz ainsi que Louis Armstrong, Billy Holiday, Ella Fitzgerald, Roy Orbison…je les entends encore vibrer en moi à l’évocation de ces souvenirs, mémoire des sens puissante.

J’ai également pour mémoire des dimanche après-midi, surtout en hiver, où nous passions un certain temps avec mon frère à jouer ou bouquiner devant cette bibliothèque. Nous avions une préférence pour un jeu de solitaire qui, lui aussi, s’était trouvé une place sur un coin d’étagère. Rapporté d’Afrique par un cousin baroudeur, il était fait de bois noir, probablement du wengé et avait des billes d’un vert intense, marbré, en pierre de malachite, et nous y jouions, des heures, sans même prêter attention à la beauté de l’objet.

Pour finir cette bibliothèque, le retour sous l’escalier, il contenait de la poésie, du théâtre, des bandes dessinées et les étagères du bas accueillaient la littérature jeunesse de mon frère et moi.

Ces après-midi là, nos parents lisaient dans les fauteuils du salon tournés vers la cheminée, souvent des romans noirs, des polars et la musique venait renforcer cette atmosphère feutrée, douce, nous incitant à faire de même et à nous poser avec un livre.

C’est dans cette ambiance que se sont nés mes premiers souvenirs de lecture, après les livres pour enfants, les romans jeunesse avec la bibliothèque rose et le club des cinq que j’accompagnais d’aventures en aventures, puis la période de chair de poule et des premiers frissons, et vers 12 ou 13 ans, les premiers romans policiers d’Agatha Christie et de Conan Doyle, les premiers romans d’amour avec Barjavel, les histoires de famille de Pagnol ou de Bazin qui me transportaient vers d’autres enfances.

Mon éveil à la lecture je le dois bien évidemment à mes parents, grands-parents, à mon oncle Christian qui était découvreur de talents, galeriste et éditeur dans le la bande dessinée, le 9eme art ; je le dois aussi à cette bibliothèque qui me donnait envie de flâner devant, qui me tentait avec tous ses dos de livres bien ordonnés ne demandant qu’à être lus. Je dois aussi mon intérêt pour la littérature et l’art, de manière générale, à deux professeurs croisés au décours de ma scolarité, des passionnés, qui ne faisaient pas que de transmettre leur savoir mais qui nous en imprégnaient. Peut-être méritent-ils à eux seuls un prochain article ? Affaire à suivre donc….