Méditations Percheronnes

23 juin 2017

Échappée belle

Je reviens d’un lieu merveilleux. Petit écrin qui fleure bon le crottin. Echappée belle du vendredi soir.

Je m’y gare, décharge ma voiture, et les bras encombrés, je descends vers la ligne de boxes un peu plus isolés en contrebas de la ferme, juste à la lisière de la forêt domaniale. J’évite au passage quelques flaques d’eau creusées par les roues de tracteur dans lesquelles pataugent plusieurs canards, des colverts, qui me regardent passer, imperturbables.

Je dépose mes affaires le long du mur. Je respire, une petite brise venant de la forêt toute proche me chatouille le nez, il fait chaud, ça sent l’herbe séchée, mélange de paille et de foin d’été.

Il me regarde déjà au travers des barreaux de la partie haute de la porte, l’œil curieux. Je tire les verrous et ouvre. Je prends une grande inspiration et laisse son odeur m’imprégner et déjà j’oublie, tout. Il ne reste que lui et moi.

Je pose ma main sur l’étoile blanche de son front et descends doucement le long du chanfrein légèrement bombé, c’est doux. Je m’arrête aux naseaux, il me respire également, me sent, je sens son souffle chaud entre mes doigts. Bonjour. Nos regards se croisent, sereins, déjà complices. Ce soir nous ne ferons qu’un. Du moins nous essaierons, nous rechercherons l’harmonie, et si nous sommes ambitieux la grâce et l’élégance.

 Apres vérification des pieds, un petit coup de brosse. La robe baie est lisse et brillante comme de la soie et le léger rayon de soleil qui passe par la porte renforce le reflet acajou du poil et le noir brillant du crin. Mors à la bouche, selle sur le dos. Nous sommes prêts.

Pas de carrière ou de manège ce soir, le temps est idéal pour une ballade en forêt. Nous démarrons tranquilles, au pas, le temps de s’apprivoiser, de se faire confiance, de se ressentir. Tout est calme, personne dans les chemins, la forêt est à nous, enfin pas totalement, peut-être aurons-nous la chance de croiser quelques chevreuils ou biches, c’est l’heure qu’ils préfèrent pour sortir.

Le paysage est magnifique, je pourrais rester des heures à le contempler, comme une toîle de maître, tout est figé et vivant à la fois. Le chemin est bordé de chênes et de fougères, ligne de fuite vers un horizon bleu et or dans le soleil couchant. Un nuage, seul, s’étire, comme un voile léger rose-orangé, draperie céleste.

Je m’évade mais tu me rappelles à l’ordre. L’appel de la nature, tu le ressens également et déjà tu trépignes et ton dos se tend, réclamant un peu de liberté, alors nous changeons d’allure. Petit trot, soyons légers. Je ressens ta bouche au bout de mes doigts, les rênes, mon poids et mon équilibre comme relais entre nos deux esprits. Mais cela ne te suffit pas, et à moi non plus.

Nous voilà au galop, la terre tremble, ce qui résonne en toi résonne en moi, je ressens chaque vibration quand tes pieds touchent le sol et dans le bref temps de suspension, nous volons, légers comme un souffle. Vent de liberté. Nous ne faisons qu’un, portés par ta force et guidés par mon regard. Seuls. Le paysage défile, et le monde autour n’existe plus, nous sommes libres, éclairés sur notre chemin par les raies d’or du soleil entre les branches, moment de grâce, gout d’éternité. Je te laisse filer, essayant sur ton dos de te gêner le moins possible pour que toi aussi tu te sentes libre et léger. Mais nous voilà déjà au bout du chemin et ralentissons, haletants tous deux et retrouvant notre calme. Retour plus tranquille au pas. Comme cela fait du bien au corps et à l’esprit. Je te caresse, reconnaissante de ta gentillesse, heureuse d’avoir partagé ce moment avec toi.

Je te libère de ton mors, de ta selle. La paille est fraiche et déjà tu te roules, toujours un œil sur moi, car tu sais que quelques friandises t’attendent.  Fin de l’échappée belle.

Merci mon ami et à la semaine prochaine.

 

echappée belle,©capella28

 

Merci à Idéal pour sa complicité généreuse et merci à Ph. et A. guides et propriétaires du centre equestre pour leur accueil et leur gentillesse.

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21 juin 2017

Été

Sensation

 

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :

Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :

Mais l’amour infini me montera dans l’âme,

Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la Nature, – heureux comme avec une femme.

 

Arthur Rimbaud, Poésies

 

La Conie, ©Patrick

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18 juin 2017

quand poésie et musique se rencontrent

 

LA MUSIQUE

 Ah ! chante encore, chante, chante !

Mon âme a soif des bleus éthers.

Que cette caresse arrachante

En rompe les terrestres fers !

 

Que cette promesse infinie,

Que cet appel délicieux

Dans les longs flots de l’harmonie

L’enveloppe et l’emporte aux cieux !

 

Les bonheurs purs, les bonheurs libres

L’attirent, dans l’or de ta voix,

Par mille douloureuses fibres

Qu’ils font tressaillir à la fois…

 

Elle espère, sentant sa chaîne

À l’unisson si fort vibrer,

Que la rupture en est prochaine

Et va soudain la délivrer !

 

La musique surnaturelle

Ouvre le paradis perdu…

— Hélas ! Hélas ! il n’est par elle

Qu’en songe ouvert, jamais rendu.

 

René-Francois SULLY PRUDHOMME ( 1839-1907)

 

Le pianO du lac à Luisant, ©Patrick

contrebasse flottante, Luisant, ©Patrick

piano sur l'eau, Luisant, ©Patrick

 

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16 juin 2017

Merde à Vauban, Sébastien Lepetit

merde à vauban couverture

Meurtres en série dans la ville de Besançon. L’enquête se déroule sur fond de politique et de candidature pour l’inscription de la ville au patrimoine de l’UNESCO. Architecture, gastronomie, Histoire de Besançon (que je découvrais ici), ville superbement décrite, on se surprend à vouloir s’y attarder ! Quant aux personnages : le vieux et le jeune flic, tout les oppose bien évidement et pourtant tellement complémentaires, en résultent des situations pleines d’humour ! Personnages vrais, avec leurs qualités mais aussi leurs défauts, pour le coup duo attachant.

Intrigue bien menée, à l’ancienne, laissant place à la réflexion, sans paraitre lente pour autant et, pour mon plus grand plaisir, j’avoue avoir été assez surprise par le final !

Lecture très plaisante donc,  à déguster !

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10 juin 2017

Il fait si beau, merci Juin!

Juin

Les prés ont une odeur d'herbe verte et mouillée,

Un frais soleil pénètre en l'épaisseur des bois,

Toute chose étincelle, et la jeune feuillée

Et les nids palpitants s'éveillent à la fois.

 

Les cours d'eau diligents aux pentes des collines

Ruissellent, clairs et gais, sur la mousse et le thym ;

Ils chantent au milieu des buissons d'aubépines

Avec le vent rieur et l'oiseau du matin.

 

Les gazons sont tout pleins de voix harmonieuses,

L'aube fait un tapis de perles aux sentiers,

Et l'abeille, quittant les prochaines yeuses,

Suspend son aile d'or aux pâles églantiers.

Sous les saules ployants la vache lente et belle

Paît dans l'herbe abondante au bord des tièdes eaux ;

La joug n'a point encor courbé son cou rebelle,

Une rose vapeur emplit ses blonds naseaux.

 

Et par-delà le fleuve aux deux rives fleuries

Qui vers l'horizon bleu coule à travers les prés,

Le taureau mugissant, roi fougueux des prairies,

Hume l'air qui l'enivre, et bat ses flancs pourprés.

 

La Terre rit, confuse, à la vierge pareille

Qui d'un premier baiser frémit languissamment,

Et son œil est humide et sa joue est vermeille,

Et son âme a senti les lèvres de l'amant.

 

O rougeur, volupté de la Terre ravie !

Frissonnements des bois, souffles mystérieux !

Parfumez bien le cœur qui va goûter la vie,

Trempez-le dans la paix et la fraîcheur des cieux !

 

Assez tôt, tout baignés de larmes printanières,

Par essaims éperdus ses songes envolés

Iront brûler leur aile aux ardentes lumières

Des étés sans ombrage et des désirs troublés.

Alors inclinez-lui vos coupes de rosée,

O fleurs de son Printemps, Aube de ses beaux jours !

Et verse un flot de pourpre en son âme épuisée,

Soleil, divin Soleil de ses jeunes amours !

 

Charles-Marie LECONTE DE LISLE  (1818-1894)

jardin de l'horticulture à Chartres, © Patrick

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07 juin 2017

Jordan Fantosme, Jean-Baptiste Evette

 

J’livre jordan Fantosmeavais lu ce livre à sa parution en 1997, en était resté un souvenir positif mais un peu flou. J’étais curieuse de relire le premier roman de cet auteur dont le nom, vous l’aurez peut-être remarqué, a été cité précédemment dans mon dernier billet…et oui, le professeur de français, Mr Evette, est également écrivain. A l’écriture de mon dernier article, j’avais retrouvé ce roman dans ma bibliothèque, toujours là depuis 20 ans !

Roman d’aventure où le personnage principal est repêché de la Tamise, amnésique, et va se mettre en quête de son identité perdue. On se laisse sans peine happer par l’intrigue dans la Londres mystérieuse et sur les quais brumeux de la Tamise de 1910. Très documenté sans nul doute, Londres et ses décors sont magnifiquement décrits donnant une dimension très poétique, j’ai trouvé, à l’ensemble de l’œuvre.

Personnages intrigants, attachants, enquête, meurtres, société secrète sont au rendez-vous.

Un très bon moment de relecture !!

 

 

Petit bonus :

Ma curiosité m’a poussée à rechercher sur la toile ce qu’était devenu Mr Evette, je crois qu’il n’est plus professeur mais continue d’écrire des romans, du théâtre, de la poésie. J’ai vu son dernier livre à la bibliothèque, un livre plutôt historique ; au vu de sa densité, je me réserve cette lecture probablement pour les prochaines vacances !

J’ai également trouvé son blog, qui m’a beaucoup plu…je pense y retourner me promener souvent, peut-être vous aussi ?

 http://www.jean-baptiste-evette.fr 

 

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04 juin 2017

Il en existe des exceptionnels...

La responsabilité d’un professeur est grande il me semble. Ils sont bien évidemment chargés d’une instruction, ils ont un devoir de transmettre leurs connaissances, d’aider l’élève à se développer intellectuellement, culturellement, à se construire un esprit critique, l’amener à une réflexion… et tout cela dans le respect mutuel et avec pédagogie… pas simple j’imagine.

Il y en a qui y arrive, d’autres pas du tout…

J’ai comme tout le monde dans ma vie scolaire, rencontré toutes sortes de professeurs et je me permettrai ici de diviser mon avis sur ces enseignants en 5 catégories (je rappelle que cela n’engage que moi et que toute discussion reste ouverte dans les commentaires ! J’entends bien également que l’enseignement ne subit pas les mêmes contraintes en fonction du public à qui l’on enseigne, du lieu…)

Il y a donc tout d’abord ceux que l’on appelle, entre nous, les mauvais (les pauvres…), ceux qui ne savent plus pourquoi ils sont là devant ces élèves, peut-être ont-ils perdu leur vocation, peut-être n’en ont-ils jamais eu et ont tout simplement échoué là, sans trop savoir comment. Programme non respecté, anarchie et chaos pendant les cours étant le quotidien. D’eux, nous ne retenons malheureusement ni les cours, ni le nom. Bien dommage que d’être confronté à ceux-là.

Il y a ensuite les professeurs « corrects », dont on ne retient pas non plus le nom, mais ils ont le mérite, bien que pas toujours démonstratifs de leur motivation, de respecter le programme, en tentant de maintenir un minimum de discipline dans la classe, un peu démagogues à défaut de pédagogie et donc peu stimulants.

Il y a également les bons professeurs, plus exigeants que les précédents, ceux que l’on sent motivés, qui nous font avancer parce que ça leur tient à cœur, qui font preuve de dynamisme, proposant parfois aux élèves de suivre le programme mais aussi de pouvoir s’en écarter pour s’ouvrir à autre chose, un enseignement un peu diffèrent, plus intéressant.

Il y a, pour presque finir, les très bons professeurs, ceux qui vous marquent parce que, en tant qu’élève, vous ressentez que leur but est la réussite de tous, strictes mais justes, utilisant des méthodes d’enseignement adaptées à leur public, ils piquent la curiosité des élèves pour les intéresser. Et c’est là qu’ils réussissent…intéresser les élèves, du plus en réussite à celui ayant le plus de difficultés. De ceux-là on retient le nom car ils ont une part de responsabilité dans notre devenir. Je retiendrai, pour ma part, plusieurs noms comme Mme Lhomme et Mr Achard en primaire, drôles et dynamiques ; Mr Payen, professeur d’Histoire et Géographie au collège, un passionné qui pouvait vous faire pleurer en cours à la lecture d’un texte historique ; Mme Massé, professeur de français au lycée, m’ayant fait découvrir Zola, dont elle parlait avec passion ; ou encore Mr Thibault, professeur de mathématiques, au lycée également, il était sévère, oh oui ! et je le craignais un peu, mais quelle pédagogie et quels encouragements pour chacun!

J’aime croire que, des mauvais professeurs, il en existe peu, du moins, j’ai peut-être eu la chance de ne pas en rencontrer un trop grand nombre. Non, la majorité je pense se situe dans les bons et quelques-uns dans les très bons, heureusement.

Et la cinquième et dernière catégorie me demanderez-vous ?

La catégorie des exceptionnels, ceux qui laissent une empreinte indélébile sur votre vie. Je n’en ai rencontré que deux, je dis « que » mais c’est peut-être déjà beaucoup ? Ces professeurs sont des passionnés, comme je l’ai déjà écrit (billet « elle m’invita à lire » du 10/05/17) ils ne font pas que vous transmettre leur savoir, ils vous en imprègnent, par un enseignement hors du commun, hors des sentiers battus. Ils sont différents car ils ne sont pas que passionnés, ils ont du cœur, ils donnent de leur temps, ils ont confiance en vos capacités, ils vous donnent envie d’y croire et ils vous ouvrent d’autres horizons encore fermés à vos yeux jusqu’alors. Leur image reste intacte dans la mémoire, leurs gestes, leur voix, leur façon de se déplacer dans la classe.

C’est à ces deux grands professeurs que je voulais rendre hommage ici.

En premier, mon professeur de français au collège, en classe de 5ème, Mr Evette. Quelle rencontre ! Passionné de littérature et de poésie, c’était évident. Il se déplaçait dans les allées de la classe avec un regard toujours bienveillant, vous faisant ressentir d’un coup d’œil, que vous pouviez, devant votre feuille, écrire quelque chose de bien, qui ai du sens, qui soit beau. J’ai le souvenir d’exercices d’écriture, il nous donnait des pistes, nous les suivions, de vrais écrivains en herbe…c’était bien. J’aimais déjà lire mais là c’était une révélation, il nous racontait le pouvoir que pouvaient avoir les livres sur nos vies, sur notre imaginaire, et je quittais définitivement la littérature jeunesse pour me lancer dans Pagnol, Barjavel, Jules Verne, dans la poésie et même dans le théâtre que jusqu’alors j’ignorais. Son érudition, car je pense que vraiment c’était le cas, m’impressionnait. J’ai pourtant le souvenir de quelqu’un d’humble, ne cherchant qu’à nous éveiller, dégageant une sorte d’élégance poétique. J’entends d’ailleurs encore sa voix, récitant, le ton juste, certains poèmes, le silence dans la classe, juste les mots raisonnant. Je vous avais parlé de la bibliothèque, de ma famille, mais sans aucun doute, Mr Evette a définitivement réveillé en moi le gout pour la littérature et la poésie. 

En second, mon professeur d’espagnol au lycée, j’ai eu la chance de l’avoir deux années de suite, Mr Gonzales. Quelle rigueur, notation extrêmement sévère mais juste il me semble. Il nous demandait une implication totale, une participation orale à chaque cours, même les plus cancres participaient, car il avait de l’humour et rendait accessible la prise de parole à tous. A chaque cours, une surprise, une anecdote. Cela pouvait être sur son dernier voyage en Espagne ou en Amérique du Sud et nous passions une heure à regarder des photos sur des lieus magnifiques, à les commenter (en espagnol bien évidemment), à la fin nous voulions tous embarquer avec lui pour sa prochaine expédition. Le programme était fait en fin d’année, mais quel enrichissement culturel à coté ! J’ai le sourire en repensant à un cours où, entrant dans la classe, il avait mis de côté toutes les tables, installé un poste de musique, et nous avions dansé du mambo. Pas tout le monde au début, la plupart se sentant ridicule, mais de voir ce professeur décomplexé, nous expliquant l’origine de la danse et nous en faisant démonstration…tout le monde s’y était mis, c’était extraordinaire, littéralement. Il avait également une connaissance en art et en poésie très poussée, nous en avons étudié des tableaux, de Picasso au surréalisme de Dali et Frida Kahlo et des poèmes, des plus grands poètes chiliens. Passionnant. A tel point que je me découvrais également un grand gout pour l’art, me poursuivant jusque dans mon mémoire de fin d’études (et là encore il y aurait des choses à dire, quelle drôle d’idée que de parler d’art et de tableaux dans un mémoire de fin d’études médicales…mais bon, j’aime faire des liens !)

 

Alors oui, il en existe des exceptionnels, des professeurs, merci à eux.

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31 mai 2017

Il y a des jours où je fais les mêmes voeux...

Voeux simples

 

Vivre du vert des prés et du bleu des collines,

Des arbres racineux qui grimpent aux ravines,

Des ruisseaux éblouis de l’argent des poissons ;

Vivre du cliquetis allègre des moissons,

Du clair halètement des sources remuées,

Des matins de printemps qui soufflent leurs buées,

Des octobres semeurs de feuilles et de fruits

Et de l’enchantement lunaire au long des nuits

Que disent les crapauds sonores dans les trèfles.

Vivre naïvement de sorbes et de nèfles,

Gratter de la spatule une écuelle en bois,

Avoir les doigts amers ayant gaulé des noix

Et voir, ronds et crémeux, sur l’émail des assiettes,

Des fromages caillés couverts de sarriettes.

Ne rien savoir du monde où l’amour est cruel,

Prodiguer des baisers sagement sensuels

Ayant le goût du miel et des roses ouvertes

Ou d’une aigre douceur comme les prunes vertes

À l’ami que bien seule on possède en secret.

Ensemble recueillir le nombre des forêts,

Caresser dans son or brumeux l’horizon courbe,

Courir dans l’infini sans entendre la tourbe

Bruire étrangement sous la vie et la mort,

Ignorer le désir qui ronge en vain son mors,

La stérile pudeur et le tourment des gloses ;

Se tenir embrassés sur le néant des choses

Sans souci d’être grands ni de se définir,

Ne prendre de soleil que ce qu’on peut tenir

Et toujours conservant le rythme et la mesure

Vers l’accomplissement marcher d’une âme sûre.

Voir sans l’interroger s’écouler son destin,

Accepter les chardons s’il en pousse en chemin,

Croire que le fatal a décidé la pente

Et faire simplement son devoir d’eau courante.

Ah ! vivre ainsi, donner seulement ce qu’on a,

Repousser le rayon que l’orgueil butina,

N’avoir que robe en lin et chapelet de feuilles,

Mais jouir en son plein de la figue qu’on cueille,

Avoir comme une nonne un sentiment d’oiseau,

Croire que tout est bon parce que tout est beau,

Semer l’hysope franche et n’aimer que sa joie

Parmi l’agneau de laine et la chèvre de soie.

 

Cécile Sauvage, Tandis que la Terre tourne

la Ferté Vidame, ©patrick

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27 mai 2017

Juste avant le bonheur, Agnès Ledig

juste avant le bonheur

« Prévois un mouchoir » m’a-t-on dit, en réalité j’aurais dû prévoir la serviette éponge. Je ressors de cette lecture les yeux rougis et la joue humide, mais avec le sourire quand même !

Style simple, très simple, facile à lire, peut-être un peu redondant sur la deuxième partie et dialogues souvent un peu maladroits, alors oui, ce n’est pas de la grande littérature mais pourtant ça fait du bien parce que c’est sincère.  Même si l’on entrevoit assez rapidement le grand malheur qui s’approche et que dès le milieu du livre on devine la chute de l’histoire cela ne gâche rien à la fin du livre, parce qu’en fait : on en a besoin de cette fin là ! 

On passe par toutes les émotions, du rire aux larmes, puis de nouveau les sourires, puis encore des larmes : un vrai chaos émotionnel, un vrai K.O émotionnel !

La vie peut être terriblement cruelle, et pourtant il faut continuer, avancer, voilà la leçon à tirer de cette lecture, et même si on le sait tous, car nous sommes tous, à un moment donné dans nos vies, confrontés à des malheurs, à des tragédies et bien nous devons faire face, l’important c’est d’être bien entouré. Ce livre est comme un petit rappel plein d’optimisme !

 On retiendra donc plus le fond que la forme pour ce joli petit roman, à lire d’une traite.

 

Merci A.C. pour ce conseil lecture !

 

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24 mai 2017

Les Misérables I : ma rencontre avec Gavroche et Cosette

 

archives familiales, maison en Touraine

Nazelles Negron, près d’Amboise en Touraine, on sort du village direction Noizay, et on grimpe sur le coteau de la bardoulière. C’est ici, dans une maison troglodyte, creusée en partie dans la roche, qu’habitaient mes grands-parents paternels. Avec mon frère Louis nous y passions la plupart de nos vacances, nos parents ne pouvant suspendre leur activité à la ferme. J ’ai encore le souvenir, non seulement des paysages, des vignes, mais aussi des odeurs. S’il est bien connu que les sens imprègnent la mémoire, ce n’est pas tant les paysages de Touraine et de vignes qui restent gravés, que l’odeur, l’odeur de la Loire brumeuse les matins d’automne, souvent mêlée aux effluves encore en suspension de sarments de vigne brulés de la veille. Ces odeurs-mémoire ont cette capacité extraordinaire à faire revenir des émotions fortes et il n’est pas rare que certains matins de novembre il me semble encore sentir ces parfums.

Balades sur les coteaux, jeux simples dans la petite cour devant la maison, occupaient nos journées de vacanciers. Elle était jolie cette petite cour, gravillonnée, avec sur le côté un bassin, hébergeant, sous un tapis de nénuphars, quelques poissons rouges, pas tous rouges d’ailleurs et une ou plusieurs, je ne sais plus, salamandre, drôle d’animal que ce batracien là… Cette courette était fermée par un portail donnant sur le chemin et bordée de murets de rocailles, à gauche le bassin et quelques arbustes, le fond de la cour et la droite étant délimité par la maison, maison d’habitation principale en pierre pour la partie de droite, troglodyte sur tout le fond, destinée plutôt à l’accueil des amis, creusée dans la roche haute et abrupte, vertigineuse même, quand vous avez 7- 8 ans.

Mon frère, s’occupait souvent à l’extérieur avec mon grand-père, à divers petits travaux, et comme mon grand-père, il arborait avec fierté une casquette en velours marron. Pour ma part je restais en cuisine avec ma grand-mère, les reines de l’épluchage, chacune avec son tablier, nous les regardions s’affairer dans la cour par notrefenêtre. Petite main, j’exécutais toutes mes missions, avec le plus grand sérieux et c’est lors d’une de ces missions, sortant avec mon tablier dans la cour et croisant le chemin de mon frère et de sa casquette, que mon grand-père se mit à sourire en nous voyant : « on dirait cosette et gavroche ! ».

Cosette et gavroche ? Mais c’est qui ??

Je retournais auprès de ma grand-mère m’inquiétant de la comparaison que venait de faire mon grand-père et le faisant drôlement sourire…se moquait-il ?

Les misérables, Victor Hugo, c’était la première fois que j’en entendais parler, et elle m’expliqua, le livre, que je ne lus que quelques années plus tard, avec ferveur, leurs histoires, le titi parisien, la pauvrette exploitée. Puis, afin de parfaire les présentations, elle me fit monter avec elle dans la chambre, et là, sur le buffet haut, elle me montra : La cosette. Je peinais à la voir correctement, alors ma grand-mère me rapprocha une chaise, et je me hissais vers La cosette, hors de question que ce soit La cosette qui descende de son piédestal ! Comme je la regardais je constatais qu’elle était très belle La cosette, soulevant son seau et accompagnée par les oiseaux, toute en bronze, appuyée sur un cadran rond indiquant l’heure. J’étais flattée que mon grand-père m’y compara mais nous étions tout de même différentes, nous n’avions pas le même regard, elle avait les yeux tristes, comme résignés, et pour cause… et je n’ai pas le souvenir d’avoir été triste pendant mon enfance, encore moins résignée ! je m’estimais donc chanceuse à la regarder. A chaque vacances je montais la voir, toujours à sa place, elle trônait en hauteur, sorte de pèlerinage et de vénération, son immobilité m’impressionnait, elle paraissait figée dans le temps alors que moi je grandissais, au rythme des aiguilles de l’horloge.

Les aiguilles ne tournent plus et ma grand-mère n’est plus là mais j’ai récupéré la cosette, cela ne pouvait en être autrement. Pendule de cheminée comme il se disait, elle a trouvé une place sur la cheminée de la salle à manger, vedette de la pièce. Je la contemple tous les jours, et elle me contemple, de ses yeux de bronze immobiles, comme à mes huit ans, ma grand-mère toujours un peu à côté.

La cosette actuellement

Archives familiales, La cosette en 1990, en Touraine

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